L’histoire des maîtrises

 

 

 

Les maîtrises occupent, dans l’histoire de la musique, une place aussi fondamentale qu’ignorée. Qui sait que Palestrina fut maître de chapelle au Vatican et Saint Jean de Latran; que Lassus fut petit chanteur à Mons, puis placé à Palerme et Milan au service du vice-roi de Sicile tant sa voix était merveilleuse; que Shütz dirigeait le « Kreuzchor » de Dresde; que Purcell, après avoir été petit chanteur à la Chapelle Royale de Charles II, a composé pour les choristes de cette même chapelle et pour ceux de Westminster ?

S’intéresser à une Maîtrise de « college » anglaise, c’est parcourir l’histoire de la musique de ce pays; de « l’Escolonia de Montserrat, c’est dérouler l’histoire de la musique catalane; brosser celle des Petits Chanteurs de Vienne, c’est raconter l’histoire de la musique autrichienne… Car les maîtrises ont été, du Moyen-Age au XVIIIème siècle, et sont parfois encore aujourd’hui, à l’origine de la création musicale européenne.

Cartes Postales Photos La MANECANTERIE des petits Chanteurs à la Croix de Bois 72300 SOLESMES sarthe (72)« …Pépinières de musiciens, interprètes des grandes oeuvres sacrées ou profanes, elles émergent de l’oubli pour nous plonger dans l’histoire, du VIè siècle à nos jours, jusqu’aux sources-mêmes de la musique..des compositeurs qui des origines à nos jours, ont été élèves d’une maîtrise ou ont travaillé en liaison étroite avec l’une d’entre elles, et qu’ils aient été maîtres de chapelle, organistes, ou qu’ils aient composé spécialement pour tel ou tel choeur…… ces grands artistes dont les noms sont parvenus jusqu’à nous ne représentent d’ailleurs qu’une infime partie des musiciens éminents qui ont formé sans relâche les plus belles voix de leur époque. Ils ont composé des oeuvres de grande valeur et laissé des travaux de musicologie importants… Marcel Landowski »

Les Maîtrises sont à l’origine de la musique liturgique en Occident

La musique a toujours été utilisée dans le culte : le chant choral se situe aux origines de l’art religieux.
En Israël, au temps de David et Salomon, et plus encore à l’époque d’Esdras, on utilisait la musique pour honorer Dieu et, par son influence sur la sensibilité, on mettait l’âme des fidèles en état de réceptivité spirituelle.
Dés cette époque, les instruments de musique, moins prisés que la voix humaine pour l’accompagnement du culte, étaient l’objet de méfiance :s’ils étaient utilisés au Temple, ils n’étaient pas acceptés dans les synagogues, ces  » maisons de prières  » qui furent les ancêtres des églises chrétiennes.
On n’y entendait que des prières et des lectures, accompagnées du chant vocalisé des psaumes. Au Temple, on utilisait pour la liturgie des enfants élevés sur place et que l’on formait à être  » lecteurs « . Installés sur une estrade, au-dessous des hommes, ils chantaient les psaumes à deux chœurs de dix ou douze exécutants, et des versets modulés en solos vocalisés.Les premiers chrétiens reprirent les rites cultuels des synagogues.

On sait, par une lettre de Pline le jeune, par les Actes des Apôtres, que les premiers chrétiens se réunissaient pour chanter des hymnes, des psaumes et des odes…
Les lecteurs modulaient des passages des Écritures, les fidèles se contentant de s’exprimer par de brèves acclamations : Amen, Alleluia, Deo Gracias, ou de courts refrains. St Paul les y exortait en s’exclamant :  » Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels « .
Les chrétiens du IIIème siècle organisaient aussi des repas communautaires, les  » agapes « , qui s’achevaient sur des psalmodies.
Les enfants, puis les vierges, sans doute des hommes et des femmes consacrés à Dieu, y tenaient un rôle particulier, le peuple se contentant de répondre. Tantôt c’étaient des vierges et des moines qui tenaient les rôles de psalmistes, tantôt c’étaient les enfants.
Ces enfants ont assez tôt été regroupés dans des écoles préparatoires situées autour des églises, préfigurant les futures scolas. (On a utilisé la terminologie latine,  » scola  » jusqu’à la fin du Moyen Age, puis l’étymologie grecque de  » schola « ). On en découvre d’abord à Rome, signalées dans le Liber Pontificalis, sous Sixte II (257-258) et sous Gaius (283-296).

Le lectorat était la première discipline enseignée à ces jeunes clercs :

 » II faut avoir pris rang dans le ministère ecclésiastique dès l’enfance en demeurant parmi les lecteurs jusqu’à vingt ans sans interruption « , écrit un certain Labbe.On trouve aussi des enfants consacrés spécialement au chant dès le IVème siècle à Rome.


Audiant hoc adolescentuli, audiant hi quibus psallendi in Ecclesia officium est :   » Que les enfants entendent cela, que ceux qui chantent entendent comment on célèbre dans l’Église « , s’écrit saint Jérôme.
Au IVème siècle, lorsque les persécutions eurent cessé, les offices purent devenir publics, et donc plus sonores et animés.

Le chant prit plus d’importance, les clercs et les fidèles participant davantage à des mélodies simples chantées sur les psaumes ou les hymnes.
Mais certains excès conduisirent peu à peu à la réorganisation de la partie musicale des offices.Les chants principaux furent confiés à des spécialistes : le diacre, qui dirigeait les lecteurs, regroupés dans la scola, chantant en chœur les antiphons nouveaux de l’entrée, de l’oblation ou de la communion.
Des épitaphes romaines des IVème et Vème siècles parlent du chant doux comme le nectar et le miel d’un jeune lecteur. Comme dans les synagogues, c’est aux seules voix que l’Église confie la musique : elle a gardé une grande méfiance à l’égard de la musique occidentale, associée dans le monde païen aux plaisirs et à la débauche. Cette attitude durera jusque tard dans le Moyen-Age. Ainsi, saint Jérôme, pour l’éducation d’une fillette, recommanda-t-il :  » Qu’elle soit sourde à l’orgue, à la tibia, à la lyre, à la cithare. Qu’elle ignore pourquoi elles ont été inventées !  » (Lettre 107).
Le Chant, à l’opposé, lui semble propre à exprimer la prière en chantant  » dans l’esprit « ,  » dans son cœur « . Et puis, lorsque l’on chante, n’imite-t-on pas les anges qui louent Dieu au Ciel. Dans la conception augustinienne, le chœur terrestre est un écho du chœur des anges, et la musiqUe spirituelle, qui transcende toute chose, conduit à Dieu.

La peinture et la sculpture ne manquent pas de ces représentations d’angelots Chanteurs. Et Cette idée de l’enfant pas encore homme, asexué,  » pur  » et porteur de nos rêves de rachat et d’innocence est un mythe qui a la vie dure. Combien d’auditeurs, de nos jours encore, assistant à un office chanté, sont troublés par le chœur  » d’anges  » qui chantent devant eux, même lorsqu’ils sont peu sensibles à la musique…

 Les Maîtrises furent les premières écoles de musique

C’est à saint Grégoire qu’est attribué le mérite d’avoir remis de l’ordre dans le chant romain, c’est du moins ce qu’affirme Jean Diacre. On en était arrivé, en effet, à choisir pour le diaconat ceux qui avaient la plus belle voix. En 590, il retira aux diacres leurs fonctions, et installa officiellement les écoles d’enfants chanteurs.
Au cours du Vème siècle s’était faite la distinction entre scolas de lecteurs et scolas de chanteurs, à l’initiative de l’empereur Justinien de Constantinople ; Grégoire reprit le modèle pour l’imposer à l’Occident.
Selon Jean Diacre, saint Grégoire « institua l’école des chantres qui module encore dans l’Église romaine selon ses enseignements.
Il lui assigna diverses propriétés et lui fit bâtir deux demeures, l’une au pied des degrés de la basilique de l’apôtre Pierre, l’autre prés du palais patriarcal de Latran.
On vénère aujourd’hui le lit sur lequel il reposait en donnant ses leçons de chant, le fouet dont il menaçait les enfants, et son antiphonaire authentique « .

L’Église a toujours aimé la vénération des reliques, et il faut noter qu’elle rend un culte au lit et au fouet de saint Grégoire! Toujours est-il que cette Schola Cantorum, prototype des maîtrises de cathédrales, est à l’origine de notre musique occidentale.

Saint Grégoire en est-il l’inventeur ? Sans doute était elle la transformation de la schola lectorum plus ancienne ; mais c’est bien sous son règne que cette vieille école se consacra exclusivement au chant.
e la schola cantorum sortirent rapidement des chanteurs qui allaient devenir illustres : le futur pape Deusdedit (615 – 618) y apprit les hymnes des Vigiles; Léon 11(682-683) y fut initié au psautier et à la cantilène (cantilenae psalmodia praecipuus); le futur pape Sergius (687 – 701) y fut confié au prieur des chantres parce qu’il était doué pour le chant (quia studiosus erat et capax in officia cantilenae priori cantorum pro doctriny est traditus). Et encore plus tard, Eugène 1er y fut a cunabulis, dès le berceau, et le pape Sergius (847) y apprit  » les mélodies harmonieuses du chant  » si bien qu’il y dépassa les autres enfants de l’école. Il reconstruisit l’école. La schola était aussi appelée orphanotrophium, l’orphelinat, ce qui indique d’une manière claire l’origine du recrutement. Cela explique aussi sa pauvreté…

La schola cantorum est mentionnée dans une lettre de Paul 1er à Pépin le Bref et dans les Ordines du Vlllème et du lXème siècle. On y apprend qu’elle avait à sa tête plusieurs sous-diacres : le prior ou primicerius, le secundus, le tertius et le quartus ou archiparaphonista, et qu’ils étaient tous des dignitaires. Au dessous, des chefs de groupes, les paraphonistae. Les enfants chantaient à toutes les fêtes solennelles, et particulièrement aux sacres des papes et des rois. Ils défilaient sur deux rangs, précédés des dignitaires et encadrés par les paraphonistes.
Lorsqu’ils sortaient de l’école, ils avaient le rang d’acolytes. Ils étaient, pour le service des grandes basiliques romaines, une vingtaine. Leur nombre descendit même à douze.

D’autres scholas furent fondées sur le modèle de la schola cantorum : vers 760, le pape Etienne II envoya Simon, secundus de la schola à Rouen. L’archichantre Jean fut envoyé en Grande-Bretagne par le pape Agathon… Dans ces écoles, le rôle de cantor était partagé entre deux personnages : le praecentor ou préchantre, qui était chargé de l’organisation matérielle de l’école, et, souvent, de la surveillance des petites écoles ; et le succentor, le sous-chantre, qui dirigeait le chant.
Les autres pays avaient aussi leurs enfants chanteurs : revenons quelques siècles en arrière dans les Églises d’Orient. A Jérusalem, il y avait de jeunes enfants, les pisinni, qui participaient aux célébra en chantant :  » Ils sont nombreux, raconte SiIvia lors de son pèlerinage, et à chacun des noms prononcés par le diacre, ils répondent Kyrie eleison, et leurs voix sont infinies « . Infinies ! Déjà le charme des voix d’enfants…
Les Grecs avaient une ordination spéciale pour les chantres : les empereurs Léon et Constantin avaient permis, à partir du lXème siècle, que l’on ordonnât les enfants lecteurs et chantres dès qu’ils sauraient lire et écrire. Leur éducation au chant et à la lecture sacrée commençait donc très tôt, dans l’Église d’Orient, où elle était plus rigoureuse et monacale qu’à Rome. En Afrique aussi, des enfants étaient utilisés pour le chant, tel ce jeune lévite qui se fait sermonner en public par saint Augustin :  » Nous n’avions pas ordonné au lecteur de chanter ce psaume : mais Dieu a jugé bon que nous l’entendions, et il nous l’a imposé par la bouche de cet enfant « .
A Carthage, les enfants étaient confiés très tôt à l’Église qui les formait dans une école d’enfants de chœur où on leur enseignait le lectorat et le chant. Ils eurent d’ailleurs leurs martyrs lors des persécutions par les Vandales en 484 : lorsque ceux-ci envahirent l’église dans laquelle se déroulait une cérémonie, l’enfant soliste ne cessa pas de chanter et mourut la gorge transpercée d’une flèche. Puis, une douzaine d’entre eux,  » doués de belles et fortes voix et très habiles aux mélodies musicales furent emmenés en exil et martyrisés « .
Des enfants de chœur aussi en Espagne, où le concile de Tolède de 531 s’occupe de leur organisation, en Angleterre, où une école est créée à Canterbury, en Allemagne…

 Les Maîtrises à travers différentes époques

 C’est au cours du Moyen Age que furent mises en place les structures de fonctionnement qui ont servi dans les maîtrises françaises jusqu’à la Révolution. On distingue deux époques dans l’histoire des écoles : au deuxième concile de Vaison, en 529, saint Césaire avait ordonné la création d’écoles jusque dans les campagnes. Elles fleurirent. Paris avait la sienne, dirigée par l’évêque saint Germain. Fortunat nous décrit un office d’une manière savoureuse :
 » D’un côté, l’enfant mêle sa voix douce et perçante aux instruments bruyants ; de l’autre, le vieillard pousse de son gosier une voix large et éclatante comme la trompette. La voix flûtée des enfants adoucit la voix forte et rauque du vieillard… Sur l’ordre du pontife, le clergé, le peuple, les enfants, entonnent la psalmodie « .
Fortunat parle plus loin, dans la  » Vie de saint Germain « , de la voix mélodieuse d’un clerc qui n’avait que dix ans. Grégoire de Tours nous raconte que saint Nizier, qui fut archevêque de Lyon, formait les enfants dès qu’ils en étaient capables  » au chant et à la lecture des psaumes « , et que saint Quentien, évêque de Clermont, fut si charmé par la voix du petit Gal qu’il l’emmena dans sa ville pour être l’ornement du chant liturgique.
Ces écoles disparurent à peu prés toutes au Vllème et au Vlllème siècle. A la suite d’un rapprochement avec le pape Etienne Il, Pépin le Bref et Charlemagne les restaurèrent en les réformant. Ce fut la Seconde époque. Modifié et développé dans les monastères situés entre Loire et Rhin, le chant romain revint à Rome au bout de deux cents ans et là, officialisé, canonisé, il fut attribué à saint Grégoire et devint le chant grégorien. Les maîtrises les plus célèbres se trouvaient alors à Metz, à Rouen, à Chartres, à Canterbury, à Soissons, à Saint-Gall.

Charlemagne comprit aussi le rôle unificateur que pouvait avoir le grégorien parmi les différents peuples qui composaient son empire. Aussi imposa-t-il l’étude du chant dans les écoles qu’il créa.
Le capitulaire de 789 stipule :  » Que les ministres de Dieu attirent auprès d’eux, non seulement les jeunes de condition modeste, mais les autres aussi. Qu’il y ait des écoles de lecture pour les enfants, que les psaumes, les notes, le chant, le calcul et la grammaire soient enseignés dans tous les monastères et dans tous les évêchés « 
 Le programme ne variera plus guère. Des écoles apparurent un peu partout, dans les cathédrales, les monastères et même les églises un peu importantes. Les plus célèbres se trouvaient à Aix-la-Chapelle, Metz, Rheinau, Cluny, Saint-Gall, Saint-Riquier…

A la collégiale de Saint-Aignan, le roi Robert dirigeait lui-même la maîtrise, comme le faisait Charlemagne à Aix où l’École du Palais était le modèle de référence. Les cathédrales rivalisèrent entre elles et firent monter la qualité en envoyant des élèves étudier prés des chantres venus d’ltalie.
Le concile d’Aix la Chapelle, en 806, et ensuite Gauthier et Théodulfe, évêques d’Orléans, hâtèrent l’établissement des écoles paroissiales.
Quant aux monastères, ils installèrent aussi des écoles de chant. Cluny n’avait que six enfants, mais Saint-Riquier entretenait trois chœurs de chacun cent moines et trente-trois enfants ! Ces écoles conservèrent les mêmes structures jusqu’au Xlllème siècle. Par contre, dans les cathédrales, elles élargirent peu à peu leur programme, ajoutant à l’étude des psaumes, de la notation, du chant, du comput, celle de la grammaire et des arts libéraux, et elles s’ouvrirent aux laïcs autant qu’aux clercs.
A partir du Xlllème siècle, les écoles de chant subirent des modifications et changèrent souvent de nom : le terme de scola, qui venait du vieux latin, fut parfois remplacé par celui de psallette, de manécanterie (les manicantiones étaient des chants remontant à l’époque mérovingienne), de maîtrise, par extrapolation de la fonction du maître de chapelle qui avait la maîtrise d’une église, ou encore de chapelle. La Chapelle Royale, qui remonte à la royauté franque mais fut surtout développée par Charlemagne pour ce qui est de la musique, tirait son nom de la chape de saint Martin qui y était conservée.

Gerson, chancelier de l’Université de Paris, avait spécialement la charge des enfants de chœur de Notre-Dame de Paris.
Il écrivit pour eux la Doctrina pro pueris ecclesia parisiensis, traité qui fait de lui un novateur : avant lui, on considérait l’enfant comme un adulte en réduction, sans caractère propre ; Gerson établit un règlement fondé sur l’observation et l’expérience des enfants, et adapté à eux.
Il contribua aussi à créer le mythe de l’enfance, faisant de cette période de la vie l’âge de l’innocence, et y voyant le recours de l’Église : s’il ne pouvait imposer sa réforme aux adultes, il pourrait toujours reporter son espoir sur les enfants, malléables et plastiques.
Il avait une véritable mystique de l’enfance, estimant que les hommages des enfants plaisaient davantage à Dieu que ceux de vieillards décrépits Officium angelicum exterius. La peinture et la statuaire de l’époque sont pleines de ces anges glorifiant le Seigneur par la voix ou avec les instruments.
Il mit au point des méthodes éducatives nouvelles concernant l’instruction, qu’il voulait en langue vulgaire, le choix des maîtres, le soin et le temps qu’il faut consacrer aux enfants : ceux-ci doivent sentir dans leur maître un « frère » sachant  » prendre part à leur gaîté  » et entretenant avec eux une fraternité spirituelle. Il donna enfin toute son importance au chant dans le système éducatif. Son Règlement exerça une influence considérable, non seulement à la maîtrise de Notre-Dame de Paris, où il est toujours conservé, mais dans les autres écoles.

 

De ces maîtrises, de nombreux musiciens n’allaient pas tarder à en sortir, composant, jouant à leur tour pour les églises comme pour les cours :
 » Les poètes-musiciens qui recueillaient des lauriers dans les cours seigneuriales avaient parfois passé des mois à étudier leur art dans les abbayes et y retournaient pour s’y perfectionner  » nous dit Théodore Gérold.
D’autres s’y retiraient, comme ce Julien de Spire qui, après avoir été Maître de la Chapelle Royale à l’avènement de Louis IX, devint ensuite franciscain. .
Le rôle de l’Église fut, à cette époque, extrêmement novateur : de nombreux prêtres et moines ont cherché de nouvelles formes musicales ou écrit des traités savants :
Ut queant laxis
resonare fibris
mira gestorum
famuli tuorum
soIve pollutis
labii reactum
Odon de Cluny, Notker, qui mit au point le système des tropes Guy d’Arezzo, auteur du Micrologue et qui imagina une nouvelle méthode de notation en se servant des syllabes d’un hymne à saint Jean-Baptiste ou encore Elie Salomon, auteur d’un important traité : Scientia artis musicae.
St Quentin, par exemple, possédait l’une des meilleures écoles de chant d’où sortirent, aux XVème et XVlème siècles, des musiciens célèbres :
Josquin Després, d’abord cantor in choro sancti Quintini, puis élève de Jehan Ockeghem, chapelain de la Chapelle de Charles VII, chanteur à la Chapelle Pontificale de Sixte IV ; Louis Compère, qui chanta avec Josquin à St Quentin et à la Chapelle de Charles VII ; Jean de Hollingue, dit Jehan Mouton, élève de Després.
Plus tard, Bournonville, ancien maître de chapelle à Rouen et Évreux, y devint maître.

Chaque cathédrale avait sa musique

 Chaque maître de chapelle, chaque organiste, composait pour son chœur : Certon à la Sainte Chapelle de Paris, Bouzignac à Grenoble, Rodez ou Tours, Jean-François Lallouette à Notre-Dame de Paris, Henri Madin à Bourges ou Rouen, Le Sueur à Dijon, au Mans, à Paris, Henri Frémart et Michel Lamy à Rouen, ou encore Louis-Nicolas Fromenta qui fit chanter « cinq ou six motets à grande symphonie  » quand il était encore maîtrisien dans cette même cathédrale ; et Arcadelt, Palestrina ou Allegri à la Chapelle Sixtine, Lassus à Rome, Anvers ou Munich, Aichinger à Augsbourg, Guerrero à seville, Cesti à Venise… Et tant d’autres…
A Avignon, en 1600, le Labyrinthe Royal de  » L’Hercule Gaulois  » commente une grande manifestation musicale qui eut lieu devant la reine :  » II y avait… un chœur de musique à voix et instruments, sous la conduite de M. l’Aeschviol, organiste de l’église cathédrale : les voix étaient toutes d’eslite… ils entonnèrent de fort bonne grace un hymne à deux chœurs, l’un à quatre voix choisies, l’autre en plein chœur renforcé… A la Place du Change, la Royne y fut saluée et retenue par le grand chœur de musique… qui chanta fort mélodieusement… Sa Majesté monstra d’y prendre plaisir, l’entendant d’un bout à l’autre : aussi la mélodie en estoit belle et de bonne grâce « … Ce  » grand chœur de musique  » était composé en fait de toutes les chapelles d’Avignon : celles de la Métropole, du Palais, de St-Agricol, de St Pierre, des Jésuites, des Pénitents et la chapelle pontificale. « 
Ces maîtrises durèrent en France, jusqu’à la Révolution.

 Vie d’une maîtrise française du VIème siècle à la révolution

On suit la vie de ces maîtrises dans les documents d’archives des chapitres amplement relatés, prenons par exemple l’une d’entre elles : la Maîtrise de la Cathédrale de Chartres.
Vers 485 à côté de  » l’église-cathédrale » de Chartres est apparu un collège capitulaire, dans lequel des enfants destinés à devenir prêtres et chanoines recevaient une double formation religieuse et musicale.
A cette époque, saint Fulbert avait fondé des écoles littéraires et théologiques qui devinrent vite très réputées.
Les enfants chanteurs s’y rendaient pour y recevoir un enseignement de haut niveau.
Aussi les offices chantés par cette sorte de maîtrise supérieure étaient-ils splendides
L’évêque s’occupait personnellement d’elle : enfants et chantres adultes vivaient autour de lui et chantaient les oeuvres qu’il écrivait pour eux, comme les Trois répons de la Nativité de la Sainte Vierge, ou L’office de Saint Gilles. Ce fut une époque de grand rayonnement, rendue possible parla présence d’hommes intelligents, cultivés, éclairés.
Après la mort de Fulbert, la qualité de l’enseignement dans les écoles épiscopales diminua fortement. La maîtrise reprit son autonomie et devint, du Xlème au XIVème siècle, une école consacrée exclusivement au chant et aux célébrations.

Les enfants étaient des petits clercs tonsurés, portant amict, aube et ceinturon, servant au chœur comme thuriféraires, acolytes, lecteurs et chantres. Ils recevaient, pour leur service aux cérémonies, une petite rémunération, le casuel, du pain, de la viande, du vin et, plus tard, de l’argent. Ceux qui avaient les plus belles voix étaient affectés au chant.
Ces enfants, d’origine modeste – les fils de riches devenaient directement chanoines – étaient six au Xlllème siècle, ils étaient soumis à l’autorité du chapitre des chanoines, l’évêque étant occupé à d’autres tâches.
Deux prêtres, les Maîtres, étaient affectés à leur instruction. ils étaient placés sous l’autorité d’un Grand Maître qui veillait à la bonne exécution des chants et aux moindres détails du quotidien et rendait compte aux chanoines qui, finançant la maîtrise, veillaient sur elle avec un soin jaloux.


Les enfants de chœur
Les noms par lesquels on nommait les élèves sont aussi désuets que savoureux. On les appelait : enfants chanoines de Notre-Dame, élèves ou nourrissons de l’Église, enfants de chœur (pueri chori ou de choro), puis enfants ou clercs de chœur en aube (pueri ou clerici chori in albi), et enfin enfants d’aube (pueri in albis). Ils étaient logés à la maison des enfants (domus puerorum), aussi appelée ostel des enfants de cuer en 1415, où d’aulbe, en 1462, psalette en 1479, psalette ou maîtrise au XVlllème siècle. Le nombre d’enfants n’excédait pas plus de 6 au Xllème siècle, parfois 10, et par deux fois seulement ils furent 12. Ce nombre semblait idéal, mais le manque de moyens ne permit pas de le maintenir.

Le recrutement des voix
Chaque voix devait donc être belle et puissante, aussi le recrutement était-il fait avec beaucoup de soin. Lorsqu’un enfant muait, le commis et les maîtres, souvent les chanoines et le maître de musique, parcouraient les villes et les campagnes, rameutaient les curés de paroisses, faisaient venir, en leur payant les frais de route, les petits candidats qui leur étaient recommandés, de Dreux, de Mantes, parfois même de Paris. Les maîtres des autres cathédrales étaient sollicités… Les enfants venaient le plus souvent de milieux modestes : fils d’artisans, de petits commerçants, ou encore orphelins. Ils venaient plus souvent des villes que des champs, car les chanoines considéraient que les voix citadines étaient plus délicates et talentueuses… Mais ils pouvaient aussi être les enfants de musiciens du roi qui escomptaient pour leur progéniture, sans bourse délier, une bonne formation musicale et instrumentale. Les maîtrises ont en effet joué le rôle de conservatoires de musique vocale et instrumentale gratuits jusqu’à la Révolution. Les enfants qui y entraient avaient en général entre 6 et 8 ans, âge où les voix sont encore faciles à former, et susceptibles de durer. Mais un garçon venant d’une autre cathédrale et ayant déjà reçu une formation pouvait entrer plus tard.

Les voix étaient alors jaugées. Au XIVème siècle, le fait d’être présenté par un chanoine suffisait ; mais à partir du XVlème siècle, les candidats, toujours plus nombreux que le nombre de places disponibles, passèrent un examen devant les chanoines eux-mêmes. Cet examen consistait principalement à chanter dans la salle capitulaire devant l’auditoire, parfois avec le chœur, au cours d’un office.
Ceux qui ne semblaient pas très solides devaient en outre subir un examen médical. Il fallait aussi fournir un certificat de naissance légitime – pas question de recevoir un enfant naturel -, et les parents devaient s’engager à laisser l’enfant jusqu’à la fin de son service, soit généralement de six ou huit jusqu’à dix-huit ans. Les candidats malheureux étaient renvoyés chez eux aux frais du chapitre.
On procédait alors à l’installation du nouvel enfant de chœur. Elle pouvait avoir lieu n’importe quand mais, à la fin du XVllème siècle, la coutume voulait que les sortants partissent à l’issue des fêtes de Pâques, les nouveaux étant reçus la veille des Rameaux. Le chantre allait prendre l’enfant à la sacristie, revêtu de son nouveau costume, et le conduisait solennellement à la place qui lui avait été affectée parmi les autres chanteurs. Les notaires du chapitre assistaient à l’installation, de même que les parents et les chanoines, et ils dressaient les actes qu’ils inséraient au registre des contrats. En voici un, en date du 1er mai 1691 :

 » Furent présents en leurs personnes Antoine le Vacher, maître de danse et joueur d’instruments, et Catherine Gaboys, sa femme, demeurant à Chartres, paroisse de Saint-Martin, lesquels ont déclaré que, dès le 20 avril dernier, ils ont laissé au service de l’église de Chartres, pour y servir en qualité d’enfant de chœur, Antoine Levacher, leur fils, âgé de sept ans et demi, en conséquence du choix qu’il a plu à Messieurs du Chapitre de la dite église, faire de la personne de leur dit fils…
Lequel fut installé, issue de Primes, au chœur de la dicte église, du côté de M, le Doyen, par M. Roze, en présence des dits Vacher et sa femme, après avoir presté les serments entre les mains du dit sieur Roze, à l’autel de Saint Anne, que leur dict fils est né de légitime mariage. Déclarent aussi qu’ils consentent que leur dict fils Levacher serve en la dicte église en qualité d’enfant de chœur, tant et si longtemps qu’il plaira au chapitre « .

Le  » gouvernement  » des enfants d’aube
A la tête de la maîtrise se trouvait le chapitre. Assurant l’entretien des enfants et des maîtres, il s’attribuait un droit de regard sur tout : les études littéraires et musicales, la discipline, les chants et les cérémonies, les problèmes matériels, l’admission ou le renvoi, les traitements… Il délibérait et décidait en assemblée capitulaire, communiquant avec la maîtrise par l’intermédiaire de deux ou trois chanoines nommés par elle, les commissi ad domum puerorum, les Commis à l’Oeuvre. Les commis avaient l’œil sur enfants et maîtres, veillaient aux dépenses, contrôlaient l’enseignement de la grammaire et de la musique, surveillaient quantité et qualité de la nourriture, indiquaient les abus au chapitre, faisaient soigner les malades et isoler les contagieux, trouvaient du travail à ceux qui ne pouvaient demeurer à la maîtrise, signalaient les manquements à la discipline… Ils exerçaient aussi un contrôle précis et sévère sur les maîtres, leur imposant le respect du règlement et de leurs engagements en matière d’assiduité aux offices et aux leçons, de bonne tenue des comptes, d’alimentation et de soins aux enfants, de moralité enfin.
Tout manquement était signalé au chapitre qui n’hésitait pas à blâmer ou sanctionner. C’est eux aussi qui veillaient, avec le maître de musique, au remplacement des enfants partants, ou qui recherchaient un nouveau maître de musique, écrivant aux chanoines des autres cathédrales. Leurs actes, leurs décisions, leurs doléances remplissent des pages et des pages de registres capitulaires, faisant alterner les décisions les plus importantes et les détails les plus infimes.

Le Maître de Musique
L’organisation de l’enseignement a varié au cours des siècles à la maîtrise de Chartres comme dans les autres cathédrales. Au Xllème siècle, les deux fonctions de maître de grammaire et de maître de musique étaient cumulées par un personnage unique, le maître des enfants (« magister puerorum » ), aussi appelé « instructor », « gubernator puerorum in albis », « administrator puerorum ». On avait le sens du théâtre! Ce maître des enfants se faisait aider d’assistants de son choix. Puis les deux fonctions furent dissociées. Jusqu’au XVème siècle, ce fut le maître de grammaire qui eut le pas sur l’autre -il était l’héritier des grandes écoles dont la maîtrise était issue. Puis, de chef suprême de là maîtrise, il devint simple professeur, voire surveillant, et la direction revint au maître de musique.

 C’est pendant cette période du Xllème au XVème siècle que la maîtrise dispensa les meilleures études. Nombreuses ‘étaient les familles d’alors qui inscrivaient, moyennant finances, leurs enfants à l’école.
Les chanteurs profitaient ainsi d’un haut niveau littéraire et ils. ne furent pas rares, ceux qui, au sortir de la maîtrise, purent s’inscrire à l’Université de Paris où à celle d’Orléans. Quand il créa un collège pour les enfants de chœur, le chapitre se sépara des autres enfants, tout en maintenant un bon niveau d’études élémentaires.
Pour permettre aux meilleurs élèves de poursuivre leurs études dans les grands collèges de la capitale, il se préoccupait de leur obtenir des bourses.
Ainsi, en 1579, il obtint de Henri IV, par l’intermédiaire de la reine, deux bourses au Collège de Navarre. Au XVllème siècle, il envoya plus de quinze enfants dans les universités en leur accordant des pensions.

 Au XVlllème siècle, on ne put continuer l’enseignement jusqu’à la classe de rhétorique, et on dut s’arrêter à la classe de troisième, puis à la quatrième. Quant aux maîtres de grammaire, ayant perdu leurs élèves extérieurs, et une bonne part de leurs revenus, ils devinrent peu à peu de simples auxiliaires de l’école de chant.
La musique occupa peu à peu l’essentiel du temps disponible, les offices succédant aux offices. Dans le domaine musical, la maîtrise atteint son apogée aux XVllème et XVlllème siècle quand les chanoines mirent les postes de maître de musique en concours et sollicitèrent ceux-ci à l’extérieur. Ils écrivaient aux maîtres des autres cathédrales, leur offrant le voyage pour pouvoir les entendre. Ceux-ci aimaient à changer de cathédrale, soit pour gagner davantage, soit pour changer d’employeur. Il en vint ainsi de Notre Dame de Paris, de Laon, Mantes, Amiens, Tours, Dijon, Rouen, Reims…

Les études musicales
Les enfants apprenaient le chant, la composition et les instruments. Au XIVème siècle, ils devaient apprendre aussi les textes des psaumes et pouvoir les réciter de mémoire. Ils mêlaient plainchant et contrepoint. Au XVème siècle, ils apprenaient le déchant, ou contrepoint savant, Ils devaient y briller puisque les chanoines, en 1409, les faisaient venir dans leurs hôtels, in hospitiis suis, Pour les écouter chanter. Ils étaient si appréciés qu’il n’était pas rare qu’un roi ou un prince les achetât pour sa chapelle privée. C’est ce que fit Anne de Bretagne, le 17 mai 1510, qui offrit en retour aux chanoines une cloche portant son nom.  » Vous m’avez donné une petite voix, moi je veux vous en donner une grosse « .

Il arrivait aussi qu’ils fussent enlevés méchamment, comme en 1485, par un prince.
Un peu plus tard, les enfants apprirent la composition. Ainsi, en sortant de la maîtrise, Robert Goussu devint directement maître de chapelle du duc d’Aumale, à Anet, et il concourut, à partir de 1576, au Puy de musique d’Évreux, qu’il remporta six fois de suite. Le Puy de musique était un concours de musique qui recouvrait le motet latin, la chanson… A l’exemple de leurs maîtres, les enfants composaient de nombreux morceaux, surtout lorsqu’ils espéraient devenir maîtres de chapelle.

 Les registres contiennent de très nombreuses sollicitations d’enfants demandant l’autorisation de faire chanter une oeuvre de leur composition. Lorsqu’ils étaient sur le point de quitter la maîtrise, les plus âgés des enfants allaient au chapitre et demandaient, dans une harangue en latin, la permission de faire exécuter et de diriger leur composition lors d’une grande fête.
On la leur accordait généralement, et ils venaient remercier ensuite, toujours en latin, le chapitre qui leur accordait dix à vingt livres pour les inviter à continuer… Ils composaient généralement des vêpres, des messes, des Magnificat, des Salve Regina, des Lauda Jerusalem, des motets.
Cette émulation favorisait l’éclosion de talents, et les maîtrises furent des pépinières de compositeurs et de maîtres de chapelle : à la fin du XVlllème siècle, Jumentier devint maître de chapelle à Senlis, à 18 ans, en 1767, puis à St Quentin où il a laissé une abondante production. Dans le domaine du chant, les enfants devaient avoir une jolie voix et une bonne maîtrise du chant. S’ils ne donnaient pas satisfaction, on les rendait à leurs parents.

A la mue, on les conservait et ils chantaient ensuite en haute-contre ou en voix d’homme. Les heures de répétition et de travail vocal étaient nombreuses et avaient surtout lieu dans l’après-midi et la soirée quand les offices étaient moins nombreux. Les heuriers matiniers – autrement dit les chantres qui chantaient les parties de basse-taille -, hautes-contre et basse-contre participaient aux répétitions qui précédaient les grandes cérémonies.
On en comptait, à la fin du XVlllème siècle, treize. En principe, la maîtrise ne chantait que pour la cathédrale ou les chanoines. Mais la règle s’assouplit peu à peu, et elle chanta un Te Deum pour la paix d’Utrecht en 1713 chez les Cordeliers; et pour la naissance du Dauphin en 1729. La maîtrise recevait parfois la visite des vicariants, ou chantres passants qui allaient, d’église en église, se faisant entendre moyennant une rétribution, la passade, Ils étaient populaires dans les maîtrises, où ils apportaient un souffle d’aventure…

 Les enfants apprenaient un instrument, le plus souvent l’orgue. Les organistes qui se succédaient à Chartres avaient pour obligation de former deux enfants d’aube à l’instrument.
Le système produisit des générations d’organistes de talent. Les autres apprenaient le serpent et le basson, et dans une moindre mesure la contrebasse et le violon.
Ils payaient leur apprentissage et leur instrument, mais ils avaient la possibilité, après avoir suivi les leçons, de-devenir heuriers matiniers instrurnentistes. Leur gagne-pain était alors assuré.

« Tant le matin que le soir, il y a musique de voix et d’instruments, comme de serpents, de Cornets et de flûtes douces, avec qui, le plus souvent, les orgues venant se joindre, On entend Une harmonie qui charme l’esprit des assistants », écrit Sablon dans son histoire de l’auguste et vénérable église de Chartres (1715).
Devoirs du Maître de grammaire (27 juin 1789) : 

1 – II demeurera à la Maîtrise et il s’y nourrira sans avoir de ménage particulier;
2 – Il présidera à la salle d’études quand Monsieur le Maître de musique n’y présidera pas;
3 – Il ne laissera jamais les enfants seuls et abandonnés à eux-mêmes;
4 . Il les conduira à l’église et les ramènera à la Maîtrise quand Monsieur le Maître ne pourra le faire;
5 – II présidera à tous les exercices de piété en son absence;
6 . Il aura autorité sur les enfants et droit de les corriger quand ils le mériteront; cependant, cette autorité sera subordonnée
 à celle de Monsieur le Maître, seulement quand il sera présent

Les chants liturgiques

La place des enfants dans les offices était considérable. Les jours ordinaires, les enfants de chœur étaient de Service pour les matines, les laudes, prime, la messe De Beata, la messe d’obit et tierce, la messe capitulaire, et sexte le matin. L’après-midi, none, vêpres et complies. Il y avait encore les processions et saluts.

 Matines 5h30 dimanche et fête (6h en 1784)
Laudes
Prime à 9h
Messe de 8eata chantée surtout par les enfants
Messe d’obit (Plain chant)
Retour à la maîtrise
Tierce (Plain chant)
Messe (Plain chant)
Messe capitulaire (Plain chant)
None 14h30 (Plain chant)
Vêpres

Aux grandes fête, les enfants exécutaient une musique beaucoup plus savante, avec symphonie.
Les cérémonies déroulaient un faste que l’on a peine à imaginer aujourd’hui. Les ornements très riches étaient portés par un nombre considérable de participants.
 A tous ces offices réguliers s’ajoutèrent, au fil des siècles, des offices fondés, c’est-à-dire créés à la demande d’un fidèle moyennant une fondation : processions de matines, chants à la messe De Beata on plaça par exemple deux enfants à genoux au milieu du chœur, un cierge à la main, après la peste de 1477), chants aux processions de la messe du jour, aux messes de fondations particulières, aux Obits, répons et versets après vêpres et complies, prières diverses..
Aux grandes fêtes, on ne dénombrait pas moins de 76 chanoines, 30 à 40 chapelains et 24 clercs de chœur qui étaient heuriers matiniers ou marguilliers clercs, et les 8 à 10 enfants de chœur. Ces derniers ont porté divers costumes. Le premier fut la soutane, appelée au XVème siècle roba, jaqueta, tunica, tour à tour brune, verte, noire, grise, puis rouge. Elle fut bientôt fourrée, ce qui ne plut pas toujours aux enfants malgré le froid qui devait régner dans la cathédrale. Ils avaient droit à deux tenues par an, l’une au printemps, l’autre au début de l’hiver.
Ils portaient par-dessus l’aube ou le sur-plis. Au XVlème siècle, on leur rajouta par-dessus, en hiver, le camail à longue queue pointue. Les enfants, qui avaient le crâne rasé, portaient une coiffure : au XIVème siècle, c’était le petit chaperon, capelli; au XVème, les biretta, petits bonnets carrés; au XVlllème siècle, ayant froid à la tête malgré le camail, ils portèrent une calotte rouge.

La fête des Saints Innocents
Un enfant était nommé évêque, et portait habits pontificaux, rochet, camail, croix pectorale, bâton pastoral et mitre. Les autres enfants étaient habillés en chanoines, et étaient vêtus du surplis, de l’aumusse, de la chape et occupaient les stalles.

 Les vrais chanoines étaient installés dans les stalles inférieures.
L’un des enfants était nommé grand chantre et il arborait le bâton cantoral.<
L’évêque officiait à la messe, chantée par un chanoine. A la fin de l’office, il donnait la bénédiction Solennelle, et l’on baisait son anneau.
Le soir, on célébrait la fête par un grand banquet.

Règlement :
Le règlement était très dur. Ainsi le lever, en été, avait-il lieu à 4 heures, et chaque office était intercalé par des études : la messe De Beata était suivie de l’étude du martyrologue, du latin, du catéchisme ; l’après-midi était occupée par le travail du plain chant, du chant sur le livre, de l’étude des instruments et des répétitions avec les maîtres de musique ou les heuriers. Un règlement de 1789 donne une idée de ce qui était imposé aux maîtres et aux enfants : Ces règlements n’empêchaient pas de nombreux abus : des maîtres furent condamnés pour avoir participé à des jeux de nuit, ou pour n’avoir pas dit le bréviaire ou entendu la messe le dimanche…Des élèves étaient punis pour s’être révoltés : la pression disciplinaire, trop forte, fut refusée par beaucoup à partir du XVllème siècle : en 1652, un enfant fut fouetté en public pour avoir eu une maîtresse, puis emprisonné huit jours et renvoyé. Les enfants n’avaient pas le droit de recevoir de personnes du sexe féminin, fussent-elles de leur famille. De nombreux enfants furent renvoyés pour des fautes bénignes manque de respect, insolence, désobéissance. Les chanoines toléraient difficilement la plus petite insoumission. Aussi arrivait-il que des enfants s’évadent. Ils étaient alors recherchés, repris, puis congédiés. La consigne générale était, pour les maîtres, de  » tenir  » leurs élèves.

Les divertissements consistaient en récréations, prises après les offices dans une cour de la maîtrise.
Ils jouaient alors au jeu de boules ou au jeu de paume.
Le jeudi, ils sortaient en promenade avec le maître.
Parfois, une courte permission de sortie était donnée le 1er janvier, ou pour les vendanges.
Parfois aussi, ils étaient conduits au théâtre, mais cela n’avait pas lieu tous les ans. A l’occasion de certaines grandes fêtes, à l’issue de processions, on leur offrait quelquefois un rafraîchissement, une douceur, voire un bon repas, et, le jour de Pâques, l’agneau pascal.

S’y ajoutaient les repas fondés par des fidèles : un certain Etienne Lhomme, en 1505, demandait que l’on ajoutât, après le motet de sainte Catherine,
 » au dîner des petits enfants, ledict jour, chacun ung pasté de cinq à six deniers tournois la pièce, et audict maistre ung grand pasté de trois sols tournois, et trois pinctes de vin et six petits pains blancs « .
Mais la grande réjouissance de l’année était la chevauchée : enfants et heuriers matinaux partaient pour une sorte de cavalcade, revêtus de déguisements, et allaient de monastère en monastère pour y faire joyeuse bombance. Fonctionnant comme une soupape de sécurité, ces fêtes permettaient un défoulement salutaire qui dura jusqu’à la Révolution.

Les enfants étaient logés et nourris, mais aussi habillés entièrement par le chapitre.

Celui-ci payait le blé pour faire le pain chez le boulanger, le vin, l’eau que l’on apportait chaque jour, et aussi lé bois, la viande, et le salaire de la servante.
Les livres de comptes donnent le détail de tous ces achats, jusqu’au plus petit, et permettent de reconstituer la vie quotidienne des maîtrises.
Ainsi, on sait que les maîtres de grammaire avaient des gages annuels de 40 à 50 livres ;
les maîtres de musique, des gages annuels d’environ 925 livres ;
les enfants, de petites sommes lorsqu’ils allaient aider les chanoines, pour leurs achats de papier, de plumes. A leur départ, ils recevaient, au XVlllème siècle, environ 150 livres.
A quoi s’ajoutait ce qu’on leur donnait lorsqu’ils composaient une messe, environ 10 livres. Quand ils quittaient la maîtrise, on leur cherchait un métier, on les plaçait et, au besoin, on payait pour qu’ils apprennent leur métier. Ceux qui voulaient devenir prêtres recevaient de quoi poursuivre leurs études. Mais le chapitre préférait les voir devenir heuriers matinaux, et c’est aussi ce que demandaient la plupart des sortants. Ils voulaient  » porter les draps », c’est à dire chanter ou jouer d’un instrument. Ils étaient alors rémunérés. On les aidait à compléter leurs études en les envoyant aux universités, en leur offrant une pension, même s’ils devaient quitter la cathédrale pour aller ailleurs.

Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois à Toulouse le 7 octobreMerci à ce site sans qui, cet article n’aurait jamais vu le jour : http://www.msli.org/

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24 réflexions sur “L’histoire des maîtrises

  1. mdr tu la mis ses trop cool

    il vont voir qu’il ne faut jamais embeter un bak =D

    gros bisoux mon guillaume
    tu as eu raison de metre cette article j’espere qu’il vont mettre des coms maintenant

  2. Article extraordinaire – évidemment après de longues recherches. Bravo, Guillaume! Cependant, la lecture pour moi était plutôt pénible: bleu sur noir n’offre pas assez de contraste pour mes yeux qui ne sont plus des plus jeunes… Je vais donc copier l’article et l’imprimer à la mode des anciens, c.-à.-d. noir sur blanc… Quant à l’esthétique, c’est nul, je le sais, mais c’est bien plus pratique…

    • Je pense a tes vieux yeux de grand père bis… je vais changer la couleur c’est vrai que c’est un peu ardu a lire
      Merci d’avoir mis ton premier commentaire
      Amitiés
      Guillaume

  3. Vraiment splendide ton article !!!
    Il est trés bien détaillé avec de belles illustrations !!! Mais je vois que tu parle souvent de musiques religieuses (les petits chanteurs, la chorales et maintenant les maitrises). Tu te destines à rentrer dans les ordres ??
    Bientôt, faudra-t-il t’appeler Père Guillaume ?? ^^

    • En effet, je trouve les jeunes chanteurs variétés sans grand intérêt.
      Il chante des choses que je n’aime pas vraiment
      et je suis pas pour que des enfants soient lachés dans ce monde glauque.
      Les maîtrises, les manécanteries ce n’est pas la même chose. Ils sont encadré et les applaudissement sont a partager entre tous.
      Merci pour ton commentaire
      Guillaume

  4. excuses ma façon de parler mais là je suis sur le cul devant tant de talent malgré que je connaisses ton age je suis éblouis par ton talent franchement ne te tracasses pas du nombre de coms que tu recois ceux qui comme moi prennent le temps de parcourir tes écrits doivent te suffire car tu as affaire à des connaisseurs et pas des flagorneurs .BRAVO BRAVO pour cet excellent article ,continues dans cette voie jeune homme

  5. Après que j’ai pu lire maintenant ce que tu as fabriqué: re-bravo, Guigui – tu as réussi qc de superbe. Il y a dans cet article tant de choses que je ne savais pas. Merci de me les faire savoir…

    Tu te rappelles le premier message que tu m’as écrit? «On n’est quand même pas nul parce qu’on n’a que 12 ans…» Presque deux ans après, je te dis: Tu n’es pas seulement pas nul, mais au contraire très, très proche d’un niveau d’éducation culturelle dont maints adultes se vanteraient – s’ils arrivaient à évoluer à un tel niveau. Il faut absolument que tu continues ce blog – à cet égard, il n’y a rien à ajouter à ce que vient de dire

  6. Très bel article sur les Maitrises qui est complet et élaboré Guillaume. Juste pour dire aussi que tout n’était pas aussi joli aussi beau que l’on veuille bien l’entendre. Des pratiques au moyen âge digne de la barbarie sur les enfants pour qu’ils puissent conserver leur voix soprano sans mué ( il s’agit de la castration) se n’est qu’une parenthèse.
    Pour simplifier en gros voici se que sont les maitrises et manécanteries :
    Un chœur d’enfants est un chœur où les parties de soprano, ainsi que souvent celles d’alto, sont chantées par des enfants et/ou des adolescentes. La Maîtrise de Radio France en est un des exemples les plus renommés en France.

    Il en existe trois grandes catégories :

    les chœurs de garçons (souvent associées à des voix d’hommes) ;
    les chœurs mixtes mêlant enfants des deux sexes et souvent des adolescentes (éventuellement associés à des voix d’hommes) ;
    les chœurs de filles (enfants et adolescentes).

    Les chœurs de garçons ont longtemps été les plus répandus, en raison de leur rôle liturgique et de l’interdiction autrefois faite aux femmes de chanter dans les églises. En fonction des traditions nationales ou régionales, les parties d’alto sont chantées ou bien par des garçons ou bien par des falsettistes. Les chœurs de filles étaient quant à eux rattachés aux couvents.

    Les termes plus spécifiques de manécanterie et maîtrise désignent à l’origine, en France, des chœurs de garçons, liés historiquement aux liturgies de l’Église catholique. En plus d’offrir des formations musicale et religieuse poussées, les maîtrises étaient de véritables écoles d’éducation générale, rattachées à de grandes paroisses ou à des cours royales.

    Aujourd’hui existent des chœurs de garçons autonomes et laïques. Par ailleurs, la généralisation de la mixité dans l’éducation et des activités péri-éducatives s’est traduit par l’apparition et le développement de chœurs d’enfants mixtes.
    Voilà Guillaume.
    A bientôt
    Jeanmi

  7. Après cette longue et passionnante lecture, je suis plus qu’admiratif devant autant de savoir dans la tête d’un pré-adolescent.
    Si tu continue sur cette voie tu pourra bientôt prétendre à un prix nobel de littérature car cet article est digne des meilleurs exposés de lycéens (même si tu ne l’est pas encore) !!
    Encore de nous éclaboussé de ton savoir !!!
    Amitiés
    Olivier

  8. Bonjour,

    Je suis en Master 2 recherches en Histoire de l’art à Paris et je travaille sur le Labyrinthe royal de l’Hercule gaulois triomphant d’André Valladier, dont vous parlé sur votre joli blog.
    Je cherche depuis plusieurs mois les partitions qui auraient été utilisées lors de l’évènement mais elles semblent disparues… Or je vois que vous avez illustré votre article par une partition, a-t-elle un rapport avec le Labyrinthe ?? Je suis très étonnée et cela m’intéresse beaucoup. Pourriez-vous me répondre s’il vous plaît ?
    Je vous remercie par avance,
    Charlotte Rousset.

  9. Bravo Guillaume pour ton article sur les Maitrises c’est bien documenté
    et le Com de jeanMi vient complimenter ton article , c’est vrai qu’ a cette
    époque lointaine les castras n’étaient pas bien traités …..

    Merci encore pour tes conseilles de téléchargements , comme quoi on a souvent besoin d’un plus petit que soi !!!

    Continue à nous informer et nous faire rêver !!

    J P

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